Le Loup et le chien
Je suis allée voir la cité immersive des fables en avril, un moment particulièrement agréable en famille. On plonge dans l'univers de La Fontaine avec ses écrits, ses leçons de moralité et le décor plus que réussi.
Je me souviens d'une fable qui m'avait particulièrement interpellée, c'était Le Loup et le Chien. Les mises en scène sont à chaque fois surprenantes. Ton enfant observe cela avec son regard d'innocence, avec ses références d'enfant : le méchant loup dans les comptes, et fait le lien avec le chien qu'on a à la maison. Toi, en tant qu'adulte, tu captes d'autres références, d'autres choses qui font écho à ton histoire, à tes anecdotes, et là ça fait écho à ma vie d'entrepreneur.
La morale de la fable Le Loup et le Chien dit que la liberté n'a pas de prix et qu'elle est bien plus précieuse que le confort matériel ou la sécurité.
Dans cette fable, le loup est affamé et rencontre le chien, au pied de son maître, parfaitement bien nourri, poli et vigoureux. Le chien lui vante son confort, sa vie facile, son logement. Il propose au loup de la nourriture, de l'abondance, en échange de quelques caresses au maître et de chasser les mendiants. Le loup est d'abord plutôt séduit par la proposition, puis il remarque la laisse. Il constate donc que le confort du chien s'accompagne d'une perte totale de liberté. Le loup refuse instantanément de le suivre et finit par s'enfuir.
Il y a donc de la part du loup ce refus de soumission. La Fontaine montre qu'accepter la dépendance vis-à-vis d'un maître pour s'assurer une sécurité matérielle (le confort, la nourriture) revient à renoncer à son autonomie.
Et, sans rentrer bien évidemment dans la caricature, il y a parfois ce dilemme qui se joue entre le choix d'un poste en CDI et le freelancing. Dans mon contrat de freelancing, il est stipulé : « il n'y aura aucun lien de subordination ». Cela implique une absence totale de soumission, mais aussi une absence totale de sécurité, et c'est finalement ça le prix de la liberté.
Après, en 2026, est-ce que la personne freelance est aussi libre que le loup dans cette fable ? N'est-il pas parfois ce chien de location qu'on prend sur quelques mois, avec les mêmes contraintes associées au « maître », tout en lui disant qu'à tout moment il peut reprendre sa liberté ? Cette liberté est-elle celle du loup ou finalement celle du maître ?
D'ailleurs, souvent, le freelance est associé au persona du loup solitaire, mais aujourd'hui, est-ce réellement le cas ?
On dit souvent que la personne freelance, c'est ce loup qui incarne l'esprit libre, l'autonomie, qui préfère « souffrir de la faim » et affronter les rigueurs de la recherche de mission plutôt que de porter le collier du salariat. Mais j'ai ce sentiment que le monde de l'entreprise cherche de plus en plus à faire porter ce collier aux loups du freelancing, à les dompter au salariat déguisé, tout en usant de LEUR liberté de rompre les contrats selon les ajustements et variations économiques.
Il existe aussi des meutes de loups qui parlent toujours de liberté, mais entre les lignes, il est question d'exclusivité, avec ce sentiment que certains collectifs d'indépendants sont des ESN déguisées.
Alors la morale de cette histoire : rien ne sert d'écrire, il faut savoir mettre un point, il faut savoir conjuguer liberté et contraintes, car, finalement, être un loup n'empêche pas de s'ouvrir aux autres ni de s'ouvrir à d'autres modèles de fonctionnement pour se nourrir… (mais attention veillez à changer régulièrement de collier !).
Bien cordialement, bisous
Shirley Almosni Chiche